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Julien Prévieux
Pseudo-collision
10 mars - 28 avril 2007
 

Dossier de presse
Julien Prévieux
 
 
Nous avons fait le choix de vous faire découvrir la démarche de Julien Prévieux. Ce jeune artiste français cultive un art du décalage qui privilégie l‘ironie pour dénoncer une société formatée dans sa pensée et son fonctionnement. En utilisant fréquemment la boucle et la répétition, l’artiste renforce le propos de ses gestes artistiques. En effet, par leur accumulation, ses prises de positions deviennent nôtres : par exemple, ses lettres de « non-motivation » nous renvoient à nos propres démarches administratives. Les œuvres de Julien Prévieux nous exhortent à nous extraire de nos fonctionnements habituels et nous rappellent à l’urgence d’inventer de nouveaux comportements.  
 
Œuvres présentées  

LETTRES DE NON-MOTIVATION
petites annonces, lettres et réponses, format A4, projet en cours
 
 
MALETTE n°1 (Ministre de l’intérieur - 30 mai 2006)  
SANS TITRE (n+1)- 2007  
 
 
Photographie : Bernard Ciancia.  

POST-POST-PRODUCTION - vidéo, 120’, 2004
 
Photographies : Véronique Dupré.  
«Post-post-production», 2004, Julien Prévieux. Courtesy Jousse Entreprise  
 
Vidéo sur l’exposition  

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Réalisation Régis Autran pour Télé Grenoble - Production Le petit Bulletin
 
 
Autour de l’exposition  

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Interview de julien Prévieux - Réalisation Fred Gomis
 

Julien Prévieux, ( n + 1 ) - Stéphane Sauzedde

Il y a : des roulades effectuées sur le sol, des lettres écrites à des DRH pour signifier une non-motivation chronique, des peintures abstraites reproduisant les motifs de couvertures d’ouvrages pédagogiques, des crash tests systématiquement appliqués aux objets de notre quotidien, un James Bond reformulé grâce à une post-production explosive, une construction sombre et massive, aux arêtes acérées, greffée à une architecture militaire, etc. Pourquoi les réalisations de Julien Prévieux nous semblent si familières, et pourtant apparaissent dans le même temps parfaitement obscures, déplacées et presque belliqueuses ? Il semblerait qu’en opérant systématiquement à partir du lieu sans qualité dans lequel nous nous trouvons, Julien Prévieux parvienne à toucher ce que nous n’avons pas pensé à protéger. Il est présent ici, très calme, presque détendu ; il se positionne au milieu de l’espace public, éventuellement il s’y déplace, comme un flâneur, discrètement, pas vraiment attentif, pas absent pour autant. Et puis soudain il opère.

Pour ses Lettres de non-motivation, comme les quelques trois millions de personnes officiellement à la recherche d’un travail en France, l’artiste parcourt distraitement les annonces d’emploi. Mais lorsque brusquement il en trouve une qui retient son attention, ses gestes puis ses mots deviennent aussitôt acides : il découpe l’annonce et écrit à l’adresse indiquée : « Je n’ai pas saisi le rapport de cause à effet entre une envie de réussir apparemment débordante et un salaire si réduit. »
Pour Malette n°1 (Ministre de l’intérieur – 30 mai 2006), il se rend à la « Convention UMP sur le sport » comme un simple militant ; il est habillé en costume, il est poli avec les personnes présentes ; j’imagine que ses cheveux sont bien peignés. Il agit comme tous les autres qui estiment qu’ « ensemble tout devient possible » ; il se tient dans l’espace commun. Et quand Nicolas Sarkozy passe devant lui, quand il lui demande une dédicace sur le livre qu’il lui tend, j’imagine que comme il se doit, le pseudo-militant Julien est parfaitement souriant… Mais en réalité, ce que fait l’artiste Prévieux est invisible : il inscrit les empreintes du Président de l’UMP sur le stylo utilisé, et il s’apprête à réaliser une série d’œuvres pour les exhiber, voire, par l’intermédiaire de la Malette et de ses tampons, pour en proposer un usage vraisemblablement déviant.
Et dans l’exposition encastrée dans la casemate du LIA, le spectateur comprend vite qu’il est une nouvelle fois question d’effraction : l’œuvre Sans titre (n+1) exige de lui qu’il emprunte un escalier sévère, qu’il descende dans un espace saturé par une étrange masse, et qu’il s’aperçoive subitement qu’il n’est pas le bienvenu. Alors, cherchant à contourner la construction, il découvre un passage dans lequel s’engouffrer comme s’il fallait fuir ; il avance encore et il rencontre alors, abrupte, une vidéo qui n’est qu’explosions et flammes : le spectateur a été possédé par le dispositif, et il arrive dans ce lieu caché comme s’il commettait lui-même une effraction. Il est dorénavant en face de Post-post production, vidéo piratée, détournée, retouchée, reformulée par une activité de résistance domestique telle que la permet la micro-informatique et le personnal computer.

Le travail de Julien Prévieux peut donc s’appréhender comme une suite d’opérations menées au milieu des choses, des effractions, des gestes contenus qui refusent la surenchère spectaculaire. Mais cependant, s’il s’agit d’opérations discrètes, elles n’en sont pas pour autant improductives. Bien au contraire : plus tard et rétrospectivement, lorsque aura lieu l’exposition, le spectateur comprendra qu’il y a eu un moment où ce qui était banal et commun a quitté le flux prévisible de la normalité. A un moment précis quelque chose s’est ouvert, comme un faisceau de possibilités nouvelles. Pour Malette n°1, suite à son action, l’artiste n’a pas poursuivi le devenir lambda du militant UMP, il n’est pas rentré le soir à la maison pour montrer à sa femme la belle signature hachée sur la page de garde du livre dédicacé ; il n’a pas commenté avec émotion le trait énergique et volontaire du Ministre de l’intérieur. Il a relevé les empreintes. Il les a transférées, photographiées, évaluées. Puis il a commencé à préparer la suite. Une autre réalité était devenue possible au cœur même du réel. Des choses différentes sont donc envisageables ? Nous pouvons donc produire le monde (et pas uniquement le consommer) ?

Julien Prévieux met à notre disposition quelque chose comme des modes opératoires potentiels. Il démontre que dorénavant il faut être invisible et rapide, autrement dit, radicalement furtif. Et si Sans titre (n + 1) évoque les parois découpées de l’avion F117, si les formes donc, convoquent la furtivité, cette notion est présente dans le travail de l’artiste bien au-delà d’un penchant pour les constructions géométriques et silencieuses.
Un objet furtif, le plus souvent un engin militaire, est conçu pour ne pas émettre de signaux permettant de l’identifier. Il ne doit produire ni bruit, ni chaleur, ni formes, ni couleurs… Rien qui ne permette de le caractériser, rien qui ne permette de l’extraire de la banalité et donc de le reconnaître. Et Sans titre (n + 1) est justement une construction sans caractéristiques propres. Elle semble militaire dans un lieu militaire. C’est une sorte de fortin dans un fortin. Soit rien de plus qu’un objet répétant ce que dit l’endroit dans lequel il se trouve… Certes, il semble guetter et surveiller la ville, mais pas davantage que ne le fait déjà le si étrange site sommital de la Bastille. Certes, il faut le traverser pour aller voir la vidéo diffusée dans la pièce suivante, mais le fort la Bastille est-il autre chose qu’une suite d’escaliers, de couloirs et de passage qu’il faut emprunter pour aller d’un point à un autre ? …
C’est donc un objet mutique, absent, presque insensé. Il semble créer un vide dans le lieu, être imperceptible comme s’il n’y avait pas d’œuvre, car comme un avion furtif, il forme un trou là où il se trouve : à cet endroit précis, aucun signal n’est émis. Il y a bien quelque chose – massif ­– mais il n’y a rien.
Au LIA, Sans titre (n + 1) n’est donc pas invisible parce qu’en dehors de notre proximité (comme un sniper perché hors d’atteinte) ou parce que nous ne le voyons pas (comme un homme ou un objet camouflé), mais parce que nous ne saisissons pas ce qu’est véritablement cette construction anthracite : Sans titre (n + 1) est exactement furtif.
Les experts en système de défense disent des objets furtifs qu’ils ne possèdent aucune « signature ». Et c’est cela qui se joue avec Sans titre (n + 1). L’œuvre refuse d’être un signe précis. Mais c’est bien aussi de cela dont il était question le 30 mai 2006 lorsque Nicolas Sarkozy a rencontré Julien Prévieux ; le Ministre l’a peut-être vu, mais il n’a assurément pas perçu ce que faisait là cet homme aimable : l’artiste a littéralement opposé sa furtivité sans signature à l’exubérance spectaculaire de l’homme politique, et il lui a demandé… une signature. On comprend alors la contemporanéité de ce travail, son lien avec l’âge du terrorisme. L’artiste ne fait rien de particulier, rien de caractéristique. Il est aussi souriant que mes voisins, en tout cas pas moins, pas plus non plus. Tout est normal et tout va pour le mieux. Et puis soudainement, une masse sourde passe à l’action.
Tout semble lisible et familier, et dans le même temps tout est parfaitement obscur, déplacé, presque belliqueux. C’est comme ça.
Stéphane Sauzedde, mars 2007
 
   
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